Le Tribunal de la Mémoire : J'ai donné ma vie pour qu'ils m'aiment enfin

Le Tribunal de la Mémoire : J'ai donné ma vie pour qu'ils m'aiment enfin

Je suis ne avec une dficience cognitive.

Le jour o ma s?ur, Manon, est venue me chercher la sortie du lyce, un homme l'a tra?ne de force dans une ruelle sombre. Elle a t agresse. Puis tue.

J'tais le seul tmoin.

Mes parents m'ont attrape par les paules, leurs visages dforms par la rage et le chagrin. ? Parle ! Tu as vu sa tte ! Dis-nous qui c'est ! ?

J'ai ouvert la bouche. Mais aucun son n'est sorti.

Ce soir-l, ils m'ont jete la rue.

Incapable de prendre soin de moi, je suis devenue un fant?me errant dans la ville. J'ai mendi. J'ai fouill les poubelles. J'ai dormi sous les ponts.

Jusqu'au jour o un homme en costume noir m'a retrouve.

Il a dit qu'il tait le fianc de Manon.

Il s'est agenouill face moi, a plong son regard dans mes yeux vides, et m'a dit doucement : ? Je connais un endroit o on peut te faire revivre ce jour-l. Mais ?a te co?tera la vie. ?

Mes mains sales ont serr mon t-shirt dchir. J'ai hoch la tte, de toutes mes forces.

? J'y vais. ?

Qu'est-ce que j'avais perdre ? La mort ne me faisait pas peur.

Ma seule peur, c'tait d'oublier le visage du monstre.

Sous la lumire crue des projecteurs du plateau de tlvision, je me tenais debout devant le Tribunal de la Mmoire.

Le public me fixait. Les camras ressemblaient de grands yeux noirs et vides.

Ils avaient annonc que ce procs serait diffus en direct dans le monde entier.

Maxime, le fianc de Manon, se tenait mes c?ts. Son visage tait illisible.

? Tu peux encore faire demi-tour, Lna. ?

J'ai secou la tte.

ce moment-l, un immense vacarme a clat l'entre de la salle.

J'ai lev les yeux. C'taient mes parents qui entraient en courant.

Ds que ma mre m'a aper?ue, les larmes ont coul sur ses joues, mais ses mots ont fus, froids et tranchants.

? Espce de monstre sans c?ur ! Manon tait si gentille avec toi. Elle t'achetait des bonbons, elle venait te chercher l'cole... Elle a eu une mort horrible sous tes yeux. Tu as vu le tueur ! Pourquoi tu as gard le silence ? ?

Mon pre, fou de rage, a hurl d'une voix rauque :

? On t'a leve malgr ton handicap, on ne t'a jamais rejete ! C'est comme ?a que tu remercies ta s?ur ? ?

Des murmures ont couru dans le public. Les camras se sont braques sur eux.

Ma mre sanglotait, tenant peine debout.

? Tu as toujours t jalouse de Manon. Jalouse parce qu'elle tait intelligente, belle, et que tout le monde l'aimait. Mais elle, elle ne t'a jamais rabaisse. Ce jour-l, elle n'avait mme pas besoin de venir te chercher. Elle l'a fait par piti, parce qu'elle avait peur qu'on te harcle au lyce ! ?

La voix de ma mre est devenue suraigu?.

? Elle est morte cause de toi ! Tu ne comprends donc rien ?! ?

J'ai fix leurs visages hystriques, les yeux br?lants.

Alors... ils me dtestaient vraiment ce point.

Pour tout le monde, c'tait moi qui avais tu Manon.

La main de Maxime s'est pose sur mon paule. Sa voix tait basse.

? Manon ne t'en voudrait jamais. ?

Je me suis tourne vers lui, murmurant peine :

? Si je passe par le Tribunal de la Mmoire, on va attraper le monstre qui a fait ?a, n'est-ce pas ? ?

Maxime a gard le silence un instant, puis a hoch la tte.

? Oui. C'est une diffusion mondiale. Le monde entier verra ce qui s'est pass ce jour-l. ?

? Alors, on commence. ?

Maxime m'a regarde dans les yeux. ? Mais ?a va faire trs mal. ?

Il a point du doigt le centre de la machine, o une longue aiguille d'argent pointait vers le haut.

? Cette aiguille va traverser ton crane, entrer dans ton cortex crbral, et lire tes souvenirs. ?

? Plus le souvenir est enfoui, plus elle s'enfoncera profondment. ?

J'ai hsit deux secondes. Mes yeux ont driv vers mes parents, qui continuaient de me maudire dans le public.

Puis, j'ai esquiss un lger sourire.

? Je n'ai pas peur de la douleur. ?

Maxime a fronc les sourcils.

? Si on attrape le tueur de Manon... ? ai-je dit doucement, ? et si mes parents peuvent enfin me pardonner... alors la douleur n'est rien. ?

Maxime est rest muet pendant un long moment.

Finalement, il a fait un signe de tte au mdecin en blouse blanche.

? Commencez. ?

Le mdecin s'est avanc, m'a observe, puis s'est tourn vers Maxime.

? Une fois que le protocole est lanc, on ne peut plus l'arrter. L'extraction neuronale est irrversible. la fin de la procdure, la patiente sera en tat de mort crbrale. Les dgats sont trop graves. ?

Il a marqu une pause. ? Est-ce qu'on doit prvenir la famille des risques avant d'aller plus loin ? ?

J'ai ragi immdiatement. ? Non ! ?

Ma voix tait faible, mais ferme. Absolue.

Tout le monde m'a regarde.

J'ai ancr mon regard dans celui de Maxime, dtermine.

? S'il te pla?t... ne leur dis rien pour l'instant. D'accord ? ?

Dans le public, ma mre pleurait toujours. Mon pre fixait la scne, le visage ferm.

Maxime a dgluti difficilement.

? D'accord. ?

Deux infirmires se sont approches pour m'aider m'allonger sur la table de mtal glac.

Elles ont attach des sangles autour de mes poignets, mes chevilles, ma taille...

Enfin, un anneau mtallique a t fix sur mon front.

Une infirmire m'a inject un produit froid dans la veine.

Le monde a commenc devenir flou.

Au-dessus de moi, la longue aiguille d'argent est descendue lentement, s'alignant pile au centre de mon front.

C'est l que le cri horrifi de ma mre a rsonn dans la pice.

? Arrtez ! Arrtez ?a ! ?

Mes yeux se sont rouverts brusquement. Un mince espoir a jailli dans ma poitrine.

Est-ce que maman... s'inquitait enfin pour moi ?

Mais sa voix glaciale a bris mon illusion.

? Docteur, s'il vous pla?t, assurez-vous qu'on voie bien ce qui s'est pass ce jour-l. Peu importe ce qui arrive son corps. ?

Mon pre a encha?n juste c?t d'elle :

? L'argent n'est pas un problme. On paiera ce qu'il faut. Trouvez juste le monstre qui a tu Manon ! ?

Mon c?ur s'est serr. Des larmes ont coul sur mes tempes, incontr?lables.

En entendant leurs mots, le regard de Maxime s'est assombri, travers par une immense peine.

Le Tribunal de la Mmoire a continu. L'aiguille d'argent a perc mon front, s'enfon?ant dans mon crane.

La douleur tait si atroce que tout mon corps s'est mis convulser. J'ai serr les dents m'en briser la machoire.

Je sentais le sang chaud couler, glisser dans mes oreilles, tremper mes cheveux.

Puis, le premier souvenir est apparu sur le grand cran.

L'image tremblait violemment, comme vue travers des larmes.

Sous un ciel gris, le portrait de Manon tr?nait au centre de la veille funbre.

J'tais genoux sur le sol. La pice tait pleine de gens habills en noir.

Ma mre tait effondre sur le cercueil de Manon, pleurant toutes les larmes de son corps.

Mon pre se tenait c?t d'elle, les yeux rouges et gonfls, tout son corps tremblant de douleur.

Soudain, ma mre s'est retourne et s'est jete sur moi, me saisissant violemment par les paules.

? Lna, dis-moi ce qui s'est pass ce jour-l ! Tu as vu, n'est-ce pas ? Qui a tu Manon ? ?

Ses ongles s'enfon?aient dans ma peau. Sa voix tait comme une lame aiguise.

? Parle ! Dis-le ! ?

J'ai lev les yeux, les larmes coulant sans s'arrter.

? Je suis dsole... Je ne m'en rappelle vraiment pas. ?

La voix de ma mre a draill.

? Comment ?a, tu ne t'en rappelles pas ?! Ta s?ur est morte juste devant toi ! ?

Elle m'a soudain attrape par les cheveux, me poussant brutalement vers le sol.

*Bam.*

Mon front a percut violemment le carrelage.

? Demande-lui pardon ! Mets-toi genoux et demande-lui pardon ! ?

Un autre coup.

? Aprs tout ce qu'on a fait pour toi, comment tu as pu lui faire ?a ? ?

*Bam.*

Une tache de sang rouge vif est reste sur le sol blanc.

? Comment tu as pu oublier ? Comment ?! ?

Sur l'cran, mon double avait le front en sang, les yeux carquills, fixant le portrait de Manon.

Le sang coulait sur ma tempe, se mlangeant mes larmes, gouttant sur le sol.

Je ne me dbattais pas. Je laissais ma mre me frapper la tte contre le sol, encore et encore.

Tout le monde regardait. Personne n'a boug pour l'arrter.

Je suis reste genoux la veille funbre pendant un jour et une nuit.

Aprs l'enterrement, ma mre a jet un grand sac de sport mes pieds.

? Lna, ? a-t-elle dit en pointant la porte du doigt, ? casse-toi ! ?

? Ne reviens pas tant que tu ne te rappelleras pas de ce jour-l. Si tu ne t'en souviens pas, tu n'as plus de maison. ?

Je suis reste fige, fixant le sac, puis j'ai regard ma mre.

? Maman... ?

? Ne m'appelle pas maman ! ? a-t-elle hurl. ? Je n'ai pas de fille comme toi ! ?

Mon pre s'est approch. Sans un mot, il m'a attrape par le bras pour me tra?ner dehors.

Panique, j'ai clat en sanglots et je me suis agrippe la jambe de ma mre.

? Maman, pardon... Je vais m'en souvenir... S'il te pla?t, ne me jette pas dehors... J'ai peur... ?

Mon pre a desserr mes doigts, un par un. Sa poigne tait de fer. Mes os craquaient.

La porte s'est ouverte.

J'ai t pousse dehors.

Le sac a atterri mes pieds.

La lourde porte blinde s'est referme sur moi dans un grand fracas.

Je me suis jete contre la porte, frappant de toutes mes forces.

? Maman... Papa... ?

? Pardon... Je suis vraiment dsole... ?

Aucune rponse l'intrieur.

Aprs ce qui m'a sembl une ternit, puise d'avoir tant pleur, j'ai ramass le sac.

La tte encore sanglante, j'ai descendu les escaliers, marche aprs marche.

En sortant de l'immeuble, j'ai lev les yeux vers la fentre du quatrime tage.

Les rideaux taient tirs. Hermtiquement.

L'cran s'est teint.

Un silence de mort a envahi la salle du tribunal.

Soudain, la voix furieuse de mon pre a clat :

? C'est quoi ?a ?! Ce n'est pas ce qu'on veut voir !! ?

Ma mre a hurl son tour :

? On veut savoir la vrit sur la mort de Manon ! Qu'est-ce qui s'est pass dans cette ruelle ?! ?

? Continuez ! Allez plus loin ! ?

Des chuchotements indigns ont parcouru le public.

Maxime a regard l'cran, puis s'est tourn vers moi. J'tais pale, couverte de sang sur la table d'opration. Ses lvres tremblaient.

Le mdecin a soupir, sa voix amplifie par le micro rsonnant dans toute la pice :

? Extraction du premier niveau de mmoire termine. Plus nous descendons profondment, plus la douleur de la patiente va s'intensifier. Sous l'effet d'une souffrance extrme, le systme nerveux risque de lacher, ce qui pourrait couper l'extraction ou... ?

Mon pre l'a coup brutalement.

? Continuez. Peu importe le prix, tant qu'on attrape le tueur. ?

Ma mre s'est cach le visage, en pleurs.

? On veut juste la vrit ! ?

Le mdecin s'est tourn vers Maxime.

Maxime est rest silencieux, ses poings serrs s'en blanchir les articulations.

? ...Procdez. ?

Le mdecin a activ les commandes sur sa console.

L'aiguille d'argent s'est enfonce plus profondment.

J'ai hurl.

C'tait comme si une barre de fer chauffe au rouge me broyait le cerveau.

Tout mon corps s'est mis convulser violemment.

La sueur a instantanment tremp mes vtements fins, les veines de mon front doublant de volume.

L'cran s'est rallum.

Cette fois, l'image me montrait coince dans un coin par un groupe de gar?ons du quartier.

? Regardez, voil Lna, la gogole ! ?

? Tu joues encore dans le sable, la teub ? ?

Ils ont ramass des cailloux et des dchets pour me les jeter dessus.

Je les fixais, le regard vide.

? Regarde-la, elle ne pleure mme pas. Une vraie dbile. ?

? On l'enterre dans le bac sable ? ?

? Ouais ! ?

Sous leurs rires et leurs insultes, une main sale m'a attrape par le bras et m'a tire brusquement.

J'ai perdu l'quilibre et je suis tombe dans le sable.

? Enterrez-la ! ?

? Ouais ! Enterrez l'idiote ! ?

Sous leurs cris excits, plusieurs mains m'ont plaque au sol.

Des poignes de sable lourd ont commenc pleuvoir sur ma tte et mon corps.

C'tait si lourd... ?a m'crasait, m'empchant de respirer.

Le sable a couvert ma taille, puis est mont jusqu' ma poitrine.

J'allais tre ensevelie.

Je ne pouvais pas bouger, je ne pouvais pas crier.

Alors que le sable atteignait mes paules, une voix claire et tranchante a dchir l'air.

? Vous foutez quoi, l ?! Lachez-la ! ?

C'tait Manon !

Elle se tenait au bord du bac sable, sa queue-de-cheval haute brillant sous le soleil, les mains sur les hanches. Elle avait l'air de rayonner.

? Vous vous en prenez Lna ? ? Sa voix tait pleine de rage. ? Cassez-vous d'ici ou j'appelle les flics ! ?

Les gar?ons se sont figs, puis m'ont lache.

? Manon, c'est juste une dbile. ?

? Qu'est-ce que tu as dit ? ? Manon a fait un pas en avant, les yeux noirs de colre.

? Lna n'est pas dbile ! Elle rflchit juste... un peu plus lentement que vous. ?

? Et elle est mille fois plus gentille que vous tous runis ! ?

Intimids par sa fureur, les gar?ons ont marmonn des excuses et se sont disperss.

Manon a couru vers moi, a dgag le sable et m'a sortie de l.

Ses yeux taient pleins d'inquitude.

? Lna, ?a va ? Tu n'as pas mal ? ?

J'ai secou la tte, mais les larmes ont fini par couler.

? Ne pleure pas. ? Manon m'a serre fort contre elle, me tapotant doucement le dos. ? N'aie pas peur, Lna. Je suis l. ?

? Si quelqu'un t'embte encore, tu me le dis. ?

? Je te protgerai toujours, d'accord ? ?

Sur l'cran, je blottissais ma tte contre la poitrine de Manon, pleurant en silence.

Manon sentait bon le savon doux.

Ses mains taient si chaudes.

Dans le public, ma mre s'est effondre sur sa chaise, secoue de sanglots.

? Manon... Ma Manon tait si gentille depuis toute petite... ?

? Elle aimait tout le monde... Surtout sa pauvre petite s?ur handicape... ?

Mon pre avait lui aussi les yeux rouges, la gorge noue.

? Manon tait toujours si m?re, elle savait toujours comment s'occuper de sa s?ur... ?

Maxime fixait l'cran en silence, le regard fig, rempli d'un manque terrible pour celle qu'il aimait.

La seconde d'aprs, ma mre s'est tourne vers moi sur l'estrade, la voix rauque :

? Lna ! Regarde ! Regarde comment ta s?ur tait gentille avec toi ! ?

? Comment tu as pu... comment tu as pu oublier comment elle est morte ?! ?

Mon pre m'a point du doigt, le c?ur bris :

? Lna, qu'est-ce qui s'est pass ce jour-l ? Ta s?ur a tout fait pour toi, pourquoi tu ne veux pas parler ?! ?

? Tu as vu quelque chose... mais tu as dcid de nous le cacher, c'est ?a ? ?

Allonge sur la table, j'coutais leurs accusations.

Les larmes coulaient sur mes tempes.

Moi aussi, je voulais leur dire.

Maman, Papa.

Je voulais tellement savoir ce qui s'tait pass ce jour-l.

Je voulais tellement savoir qui avait tu Manon.

Mais je... je ne m'en souvenais vraiment pas.

Soudain, une douleur aigu? et fulgurante a explos au plus profond de mon cerveau.

L'aiguille d'argent a commenc envoyer des dcharges lectriques.

Mon dos s'est cambr violemment sous le choc, et une gorge de sang a jailli de ma gorge.

? Sa tension chute ! Le choc neurologique est trop violent ! ?

Le cri d'alerte du mdecin a t touff par les hurlements encore plus stridents de mes parents.

? On s'en fout de tout ?a ! On veut voir la ruelle ! Continuez ! Allez jusqu'au bout ! ?

Maxime s'est prcipit vers l'avant, frappant du poing sur le tableau de bord de la machine.

? Je veux la vrit moi aussi, mais vous ne voyez pas qu'elle est en train de mourir ?! ?

? Je m'en fiche ! ? a hurl ma mre.

? C'est ce qu'elle doit Manon ! C'est la seule raison pour laquelle elle respire encore ! ?

Un voile rouge flottait devant mes yeux, mais travers l'agonie, mon ou?e est devenue anormalement fine.

Dans mon crane, l'aiguille d'argent s'est remise tourner sauvagement.

Une nouvelle vague de douleur m'a dchire.

L'cran a clignot frntiquement, avant de briller d'une lumire blanche aveuglante.

Cette fois, la scne me montrait aprs que mes parents m'avaient jete dehors.

J'tais accule par une bande de loubards dans un chantier de construction abandonn.

Il y avait des briques casses partout, et l'air tait lourd de poussire.

? H, la gogole, il para?t que tes parents ne veulent plus de toi ? ?

Le chef de la bande, un mec aux cheveux dcolors en blond platine, a tir une bouffe de sa cigarette et m'a pouss l'paule avec un morceau de bois.

? Du coup, si on s'amuse un peu avec toi, personne n'en aura rien foutre, pas vrai ? ?

Je me collais contre le mur humide, tremblant de tous mes membres, mes doigts serrs autour d'un morceau de pierre tranchant.

? Tu me regardes mal, en plus ? ? Un autre mec s'est approch et m'a foutu une claque monumentale.

La douleur m'a br?l le visage.

Mais plus clairs encore que la douleur, les murmures de mes parents rsonnaient dans ma tte, en boucle :

*? Il faut qu'elle souffre un peu, comme ?a elle aura peur, et elle fera des efforts pour se souvenir... ?*

*? Manon ne peut pas tre morte pour rien... Il faut la pousser bout... ?*

Ces fragments de souvenirs me revenaient en mmoire.

Le dos de ma mre, glissant discrtement des billets des voyous du quartier dans une ruelle ;

Mon pre, chuchotant au tlphone : *? Faites-lui bien peur, faites-la souffrir un peu. ?*

Alors... tous ces gens qui me volaient ma nourriture, qui me tabassaient, qui essayaient d'arracher mes vtements... Tout ?a, c'tait mes parents qui l'avaient organis.

cet instant, mon c?ur s'est bris en mille morceaux.

J'ai pouss un hurlement de rage dsespr et, serrant ma pierre, je me suis jete sur eux, sans penser aux consquences.

Surpris par ma rsistance, ils m'ont rapidement plaque au sol, ont ramass des pierres et ont commenc me frapper la tte avec.

L'image l'cran tremblait, entremle d'insultes crues et de bruits de coups sourds.

Ce n'est que lorsque je suis reste allonge, couverte de sang et immobile, que les brutes ont crach par terre avant de s'en aller.

Ma vision s'est lentement brouille.

Une paire de chaussures en cuir est apparue dans mon champ de vision.

C'tait Maxime.

Il me regardait, l'expression complexe, indchiffrable.

? Lna, tu veux venger ta s?ur ? ?

J'ai ouvert la bouche, et de la mousse sanglante est sortie de mes lvres.

? Je connais un moyen de sortir ce souvenir de ton cerveau... Ce que tu as vu ce jour-l. ?

Il a marqu une pause.

? Mais le processus est extrmement douloureux. Et toi... ?

Maxime n'avait pas fini sa phrase que l'cran a brusquement chang de scne.

Enfin, c'tait la ruelle.

Je portais mon sac dos, et Manon se tenait de l'autre c?t de la route, me faisant de grands signes en souriant.

Elle portait une jolie robe neuve ce jour-l. Elle tait magnifique.

Mes yeux se sont illumins, et j'ai voulu courir vers elle.

Au moment o j'ai pos le pied sur le trottoir pour la rejoindre

Une silhouette immense, comme un spectre, portant un masque noir et une casquette de baseball, a surgi de la ruelle adjacente.

Il a plaqu sa main sur la bouche de Manon et l'a tra?ne, de force, dans l'ombre de la ruelle.

Le cri de Manon a t touff. Ses yeux se sont carquills de terreur, ses jambes s'agitant dans le vide.

Je suis reste paralyse d'effroi. Puis, par instinct, je me suis jete en avant pour attraper sa main.

Sans mme se retourner, l'agresseur a envoy son pied directement dans mon ventre.

*Bam.*

J'ai t projete en arrire, ma tte percutant lourdement le bitume.

Une vague de douleur fulgurante et de vertige m'a submerge. Un liquide chaud a commenc se rpandre l'arrire de mon crane.

Ma vision tanguait, floue. Aucun son ne sortait de ma gorge.

Mais j'ai forc mes yeux rester grands ouverts, luttant pour voir ce qui se passait dans l'ombre de la ruelle.

Dans l'obscurit, Manon tait cloue au sol.

Elle se dbattait de toutes ses forces, griffant l'air.

Fou de rage devant sa rsistance, l'agresseur a lev le bras. Dans cette fraction de seconde, Manon a griff son visage vers le haut.

Le masque noir s'est dchir sous ses ongles.

La faible lumire de l'entre de la ruelle a clair de plein fouet le visage mis nu.

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